Transformer le système : Les coulisses de la généralisation d’Onco’Link
Retour d'expérience de Sandrine Boucher sur le déploiement opérationnel et les enjeux de la généralisation de l'Article 51 Onco'Link.

Le 6 novembre 2025, le dispositif Onco'Link, piloté par Unicancer, a reçu un avis favorable pour sa généralisation. Une étape décisive pour la structuration du virage ambulatoire en oncologie, qui vient couronner des années de travail pour sécuriser le patient à domicile.
Mais derrière cette victoire institutionnelle, quels sont les leviers qui ont permis de transformer l'essai ? Et quels défis reste-t-il à relever pour passer de l'expérimentation à la norme nationale ?
Nous avons échangé avec Sandrine Boucher, Directrice de la Stratégie Médicale d’Unicancer. Elle revient sur la force du collectif et sa vision d'un modèle adapté à la "vie réelle", tandis que nous croisons sa vision aux enseignements du rapport d'évaluation final.
1. La force du nombre : Comment l’alliance a permis le changement d'échelle
Si Onco'Link a réussi à inclure plus de 13 800 patients, ce n’est pas le fait d’un seul acteur. C’est le fruit d’une alliance inédite.
Dès 2018, face à l'explosion des thérapies orales, plusieurs acteurs majeurs (l’AP-HP, les Hospices Civils de Lyon, le CHU de Brest) partageaient la même intuition : il fallait sortir des murs. Plutôt que de disperser les efforts, ces acteurs se sont rangés sous une bannière unique pilotée par Unicancer, fédérant ainsi 41 sites aux profils très différents.
Cette masse critique a été déterminante. En fédérant 41 hôpitaux et 5 500 professionnels de ville, Onco'Link a apporté la preuve statistique nécessaire pour valider le modèle économique auprès des autorités.
2. Le choix de la "Vie Réelle" : L'agilité comme stratégie
Contrairement à d'autres expérimentations qui ont imposé une plateforme numérique unique, Onco’Link a fait le choix de s'adapter aux outils existants dans chaque établissement.
Pour Sandrine Boucher, cette souplesse était une condition sine qua non pour embarquer des établissements aux réalités très disparates.

Si cette stratégie a favorisé l'adhésion rapide, le rapport d'évaluation complète ce constat en soulignant un revers technique : une fragmentation technique source de lourdeur administrative pour les équipes. Le défi des 18 prochains mois sera donc de structurer l'interopérabilité pour fluidifier les échanges sans perdre cette agilité qui a fait le succès du lancement.
3. Pharmaciens et Médecins : Construire l'équipe de demain
Le modèle a réussi à créer un axe fort Hôpital ↔ Pharmacien d’Officine. Le taux de coordination atteint 72%, validant la stratégie du "pair-à-pair".
« Les échanges entre pairs, ça marche », confirme Sandrine Boucher. Quand un pharmacien hospitalier appelle son confrère de ville, le lien de confiance est immédiat.
En revanche, le rapport d'évaluation met en lumière une vigilance concernant les médecins généralistes, dont la participation reste plus faible (10,8%). Souvent par manque de temps ou d'outils adaptés, ils ont peiné à s'intégrer au dispositif. L'enjeu futur sera de trouver les bons leviers pour les réintégrer dans la boucle d'information, sans alourdir leur charge administrative.
4. AKO@DOM-PICTO & Onco'Link : Vers une complémentarité des modèles
L’autre bonne nouvelle, c’est que l’expérimentation "sœur", AKO@DOM-PICTO, a elle aussi reçu un avis favorable.
- Onco'Link a validé la puissance du suivi pharmacien pour les patients autonomes.
- AKO@DOM-PICTO a démontré la pertinence de l'infirmière libérale à domicile pour les patients vulnérables.
Pour Sandrine Boucher, il ne s'agit pas d'une concurrence, mais d'une richesse pour le futur droit commun.

Nous entrons dans un "sas de transition" de 18 mois. L'objectif est désormais de fusionner ces enseignements pour construire un modèle modulaire, adapté à la fragilité de chaque patient.
5. Accélérer le temps de l'innovation
Onco'Link a démarré sa réflexion en 2018. Sa généralisation effective est attendue à l'horizon 2027-2028. Ce temps long est incompressible pour valider scientifiquement et économiquement un nouveau modèle, mais il laisse des patients en attente.
« Entre le moment où on dépose la lettre d'intention et le moment où on va être généralisé, il se passe 10 ans » observe Sandrine Boucher.
Pour l'avenir, elle évoque des pistes comme la création d'un "Accès Précoce Organisationnel", qui permettrait de déployer plus vite ce qui fonctionne sans attendre la fin de tous les cycles administratifs. Une opportunité où les acteurs privés et industriels pourraient également jouer un rôle de soutien pour réduire ce délai d'accès à l'innovation et ne pas laisser les patients au seuil du progrès.
Conclusion : Transformer l'essai
Onco'Link a prouvé que la coopération ville-hôpital est possible et efficace à grande échelle.Les 18 mois qui s'ouvrent sont cruciaux : il s'agit maintenant de consolider les acquis humains par des outils techniques performants (interopérabilité) pour faire de cette expérimentation le nouveau standard de soin en oncologie.
Sources :





